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Juin 2015

Le conseil d’administration de l’ATEJ, réuni le 1er juin dernier, a entendu son président lui rapporter son déplacement à Berlin, à l’occasion de la célébration des 50 ans de l’ASSITEJ. Il a souhaité faire profiter les adhérents de l’ATEJ, et tous ses amis, de la relation précise de cet événement. La voici donc transcrite :

« Je reviens de Berlin, où, suite aux sollicitations amicales des actuels dirigeants de l’association ASSITEJ/FRANCE, j’ai accepté d’assister, mercredi 22 avril 2015, à la « célébration » des 50 ans de l’ASSITEJ (Association Internationale du Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse).

Simultanément à mon parcours professionnel d’auteur et metteur en scène, de directeur d’institutions théâtrales et de festival international de théâtre pour jeunes spectateurs, j’ai été, de 1981 à 1993, conseiller artistique du Comité Exécutif, puis, de 1993 à 1999, vice-président de l’ASSITEJ.
Je suis donc en mesure d’assez bien connaître l’histoire de cette association, la nature des affrontements artistiques et idéologiques qui l’ont marquée, et aussi les limites de l’influence artistique qui parfois lui a été prêtée.

Depuis sa fondation en 1965, suite – faut-il le rappeler ? – à une initiative française de l’ATEJ (Association du Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse), portée par Léon Chancerel et Rose-Marie Moudouès, l’ASSITEJ a joué, pendant plus de quatre décennies, un rôle non négligeable pour la reconnaissance, au niveau international, de nouvelles formes de relations entre théâtre de création contemporaine et jeunes spectateurs dès l’enfance, dans un souci constant de promouvoir l’innovation et l’excellence artistique. Elle a alors été, pour des femmes et hommes de théâtre de plus de 80 pays, un outil actif de confrontations esthétiques et dramaturgiques.

Conformément à ses principes fondateurs, elle a relayé la diversité des conceptions et des propos d’artistes tout en faisant connaître à l’échelle internationale leurs objectifs et leurs œuvres. Elle a ainsi été, dans la seconde moitié du XXème siècle - en totale résonance avec les évolutions sociologiques des années 60-70 - l’un des principaux révélateurs du dynamisme et du foisonnement du mouvement de la création théâtrale en direction des jeunes publics, tout en contribuant, au-delà des résistances sociétales et des antagonismes tant idéologiques que pédagogiques, à faire reconnaître le rôle primordial et la légitimité artistique d’un théâtre professionnel adressé aux jeunes spectateurs, élaboré et interprété par des artistes adultes, participant pleinement des pouvoirs émancipateurs de la création dramatique (à l’écart de toute confusion réductrice entre les notions de « théâtre pour les enfants » et « théâtre par les enfants »).
Sur la base de ces orientations, et tant qu’elles ont été respectées, l’ASSITEJ a accompagné, jusqu’au début des années 2000, une période particulièrement féconde de recherches et de réalisations théâtrales, un essor théâtral sans précédent en direction des jeunes publics, porté par l’engagement artistique d’un nombre sans cesse élargi d’auteurs et de metteurs en scène appartenant à des cultures, des civilisations et des régimes politiques largement diversifiés.

Ce développement dont la nature, le sens, l’ampleur et les empreintes sont historiquement remarquables, a été fortement marqué par l’émergence d’un nouveau répertoire, la circulation internationale des œuvres, la multiplication des théâtres permanents pour la jeunesse dans de nombreux pays et l’apparition du concept, aujourd’hui banalisé, de festival de théâtre pour jeunes spectateurs (Lyon, 1977).

L’ASSITEJ, en tant que telle, n’a toutefois pas initié ce mouvement. Ce sont toujours des femmes et des hommes de théâtre qui, par leur talent personnel et leur engagement, ont, chacun dans leur pays respectif, porté cet ensemble d’innovations.

Le principal mérite de l’ASSITEJ a été de parfois savoir rassembler ces artistes, de favoriser la confrontation de leurs idées et de leurs objectifs. Par ses publications (revue trilingue semestrielle « Théâtre Enfance Jeunesse ») et par l’organisation de congrès mondiaux, elle a contribué à identifier et à médiatiser les enjeux et les résonances de l’activité personnelle et sensible du jeune spectateur de théâtre découvrant les formes et les contenus d’une représentation. Une découverte émancipatrice étroitement dépendante de l’existence d’œuvres théâtrales relevant d’une pleine légitimité artistique, et pouvant, dans ces circonstances, être alors définie comme pratique artistique à part entière.

Un grand nombre d’observateurs, de journalistes et de critiques dramatiques, de chercheurs et d’universitaires de renom, ont, pendant plus de trente ans, multiplié les analyses à ce sujet. Avec le recul, certains d’entre eux n’hésitent pas à qualifier la seconde moitié du XXème siècle (qui coïncide avec les quarante premières années de l’ASSITEJ) comme un indéniable âge d’or du théâtre pour jeunes spectateurs ; d’autant plus que, pour favoriser la circulation et la confrontation des idées, l’ASSITEJ a longtemps inscrit dans ses statuts l’usage simultané obligatoire de plusieurs langues officielles (français, anglais, russe, puis espagnol). À noter qu’à cette époque les artistes professionnels étaient largement majoritaires dans les diverses instances de l’ASSITEJ, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Plusieurs d’entre eux étaient des metteurs en scènes ou des auteurs dramatiques largement reconnus dans le monde du théâtre en général, au-delà du cercle spécialisé de l’ASSITEJ.

Cette histoire de l’ASSITEJ, que je viens de rappeler ici, très rapidement, aurait pu être évoquée par les responsables actuels de l’association lors de leurs interventions dans cette « célébration » de Berlin.
Tel n’a pas été le cas, aucun développement documenté sur ce passé… Impossible de ne pas remarquer que les intervenants, en premier lieu Yvette Hardie (présidente de l’ASSITEJ) et Wolfgang Schneider (ASSITEJ/GERMANY, ex-président de l’ASSITEJ), ont soigneusement évité non seulement de valoriser, mais tout simplement de rappeler les orientations artistiques qui furent celles de l’ASSITEJ pendant plus de quarante ans, conformément aux statuts alors en vigueur et suite aux décisions prises collectivement, démocratiquement, lors des assemblées générales successives.
De tout cela pas un mot… Les noms de celles et ceux qui, par leur engagement, leur talent et leurs œuvres, ont eu une influence déterminante pour asseoir la réputation artistique de l’ASSITEJ ont été soit délibérément oubliés, soit cités à la sauvette, de façon partiale et étrangement sélective.

La plupart des discours officiels se sont contentés de quelques considérations approximatives et anecdotiques. Il s’agissait visiblement de botter en touche, plus ou moins habilement. Les organisateurs de cette « célébration » étaient manifestement mal à l’aise pour célébrer.

Rien d’étonnant à cela, puisque ce sont ces mêmes personnes qui, au cours des deux dernières assemblées générales, ont œuvré pour récupérer à leur profit la structure ASSITEJ, imposer une modification des statuts en fonction d’objectifs et d’intérêts corporatistes se situant dans le domaine des pratiques socio-culturelles et non plus dans celui des arts, en l’occurrence de l’art théâtral.
Ainsi étaient-elles, ce 22 avril 2015 à Berlin, bien mal placées pour célébrer un passé que certains semblent totalement ignorer, et que d’autres souhaitent délibérément dissimuler. Un révisionnisme de l’histoire en quelque sorte.

À Berlin, les quelques adhérents de la première heure présents n’ont pas pu se reconnaître dans ce qui a été énoncé ; quant aux nouveaux adhérents, ils n’ont rien appris de concret, ni, bien entendu, de positif, sur la pensée, les objectifs et les actions de ceux qui les ont précédés.
Il aurait pourtant été tellement simple, et responsable, d’expliquer, à cette occasion, pourquoi l’ASSITEJ avait tellement changé. Mais ni la franchise ni l’honnêteté intellectuelle n’étaient au rendez-vous de Berlin.

Affrontements idéologiques et jeux d’influence d’ordre politicien ont toujours sous-tendu les relations entre représentants des pays adhérents. Mieux vaut le reconnaître, sinon l’admettre. La vie de l’ASSITEJ, contrairement à certains propos lénifiants entendus lors de cette « célébration », n’a jamais été un long fleuve tranquille.
Le rôle possible du théâtre auprès des enfants et des jeunes – lorsqu’il est véritablement théâtre et non pas seulement spectacle – est envisagé, à l’échelon mondial, de façons très variées et souvent contradictoires, dans les diverses formes de culture, comme dans les différents systèmes socio-politiques. Ceci notamment en raison de conceptions parfois antagonistes de la condition enfantine, du statut et de la place assignés aux enfants et aux jeunes dans différentes sociétés.
Pour les uns, le théâtre se réduit, conception traditionnelle encore vivace, à la simple fonction d’outil pédagogique aux visées le plus souvent intégratrices. Pour bien d’autres – et ce fut longtemps une conception dominante à l’ASSITEJ – les relations entre théâtre et jeunes spectateurs dès l’enfance ne sont légitimes que lorsqu’elles sont conçues comme espace possible d’émancipation, fondé sur le respect de l’autonomie du jeune spectateur confronté à de libres paroles d’artistes s’exprimant en tant que tels.

Cette conception a été défendue et illustrée par l’ASSITEJ pendant plus de quarante ans, ce qui lui a permis d’acquérir une légitimité artistique sans équivalent, en tant que seule organisation internationale exclusivement consacrée aux problématiques de la création théâtrale contemporaine pour jeunes spectateurs.
On sait en effet qu’il existe au niveau international - et cela est parfaitement naturel en raison de la complexité ontologique du fait théâtral – une pléiade d’associations théâtrales ayant chacune un champ d’intervention clairement défini. Elles s’intéressent, selon les cas, soit principalement au théâtre pour adultes (ITI), soit à l’art de la marionnette (UNIMA), soit au théâtre scolaire et universitaire (IDEA), soit au théâtre amateur (AITA), etc.
L’ASSITEJ avait tout à gagner à conserver et approfondir un champ spécifique de réflexion et d’action négligé par la plupart des autres associations théâtrales internationales. Elle n’avait aucune raison artistique, intellectuelle, ni même politique, de rompre avec des fondamentaux lui ayant permis d’imposer une légitimité artistique de premier plan dans la sphère internationale du théâtre.

Et pourtant, à partir des années 90, la volonté politicienne du Comité Exécutif d’étendre à tout prix la présence de l’ASSITEJ sur le plan mondial s’est traduite par l’abandon progressif de ces fondamentaux.
Le nombre des pays adhérents, où le système institutionnel du theatre in education est toujours privilégié et où le théâtre professionnel s’adressant aux enfants et aux jeunes est parfois inexistant, s’est alors considérablement accru.
Certains centres nationaux ont été progressivement investis, et bientôt dirigés par des professionnels de la diffusion de spectacles jeunes publics en tous genres, pour lesquels, regrettable malentendu, l’ASSITEJ n’est perçue, de façon très réductrice, que comme un réseau commercial susceptible de faciliter la vente de spectacles « à l’international »…

En raison de ces glissements successifs, fatalement, l’ASSITEJ devait finir par perdre son âme. Dès le début des années 2000, en dépit de l’inquiétude, puis de l’opposition d’un groupe d’artistes professionnels de plus en plus minoritaires, l’ASSITEJ a choisi d’étendre ses activités « au-delà du théâtre » (sic), à l’ensemble des « arts de la scène » (performing arts), comme à toute la panoplie des pratiques culturelles (et non plus seulement théâtrales) proposées aux enfants et aux jeunes.
L’ASSITEJ, après une modification de ses statuts – qui a vidé ces statuts de leur sens artistique initial – a été transformée en simple association culturelle généraliste attrape-tout.
Dont acte.
Ce sont, semble-t-il, les adhérents les plus récents qui l’ont majoritairement décidé. Démocratie oblige. Ce faisant, ils ont rompu toute continuité entre l’ASSITEJ de 1965 et celle de 2015.
Le savent-ils seulement ?
Vraisemblablement non, à en juger par l’information interne sur l’histoire de leur association.
Ne nous y trompons pas. Il n’y a là ni évolution ni révolution. Il n’y a là que négation de toutes les avancées artistiques soutenues par l’ASSITEJ initiale. On ne peut même pas parler de retour en arrière puisque cette même ASSITEJ initiale n’a jamais imaginé ni souhaité travailler sur de telles bases.
Seul subsiste – on se demande pourquoi – ce nom : ASSITEJ. Un acronyme, et une appellation, Association Internationale du Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse, qui ne peuvent se décrypter et se comprendre qu’en français, alors que cette langue fondatrice a perdu dans l’association son statut de langue officielle, balayée par l’emprise de la mondialisation néolibérale.
Quant au théâtre, il n’est plus l’unique, pas même la principale raison d’être de cet organisme ; on serait tenté de dire balayé lui aussi par les effets de la marchandisation de tous les biens, y compris éthiques.

L’étiquette ne correspond plus au produit.
Il y a tromperie sur la marchandise.
Il faudrait remédier rapidement à cette incongruité ; poser la question d’une nouvelle dénomination lors du prochain congrès ? Affaire à suivre… »

Maurice Yendt

Le conseil d’administration rappelle que l’ATEJ a tenu pour le principe à être représentée au sein de la nouvelle ASSITEJ/France (cf lettre d’info ATEJ de mars 2013 sur notre site www.atej.net), en dépit du fait que le mot théâtre ne figure même plus dans les statuts de cette nouvelle association. Cinquante ans et plus de militantisme en faveur du théâtre et des jeunes publics ne sauraient s’effacer si aisément.

 

ATEJ
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