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Juin 2016

   LES ARTISTES DOIVENT RÉAGIR ET SE FAIRE ENTENDRE  

Les membres du conseil d’administration de l’ATEJ réunis le 15 juin 2016 ont estimé que pour la plupart des adhérents de notre association le discours du 1er juin de la nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, ne saurait faire illusion.

Nous vous laissons bien entendu toute liberté d’appréciation (copie intégrale en annexe) !

De façon étrangement paradoxale,, Audrey Azoulay prend soin, en préambule, de recourir à des citations de Jouvet, Catherine Frot ou Robin Renucci, alors que la suite de son propos, très vite élargi à des considérations culturelles généralistes, oublie presque totalement le théâtre. Selon nous, rien de structuré ni de consistant n’est en effet avancé au sujet du secteur primordial de la création et de la diffusion théâtrales pour jeunes spectateurs.

On ne fera croire à personne que l’amélioration (seulement envisagée, et non chiffrée) du financement de deux compagnies théâtrales (nous disons bien : deux !), à l’échelle du territoire national, serait une mesure à la hauteur des enjeux, comme des exigences budgétaires et structurelles.
En fait, sous couvert d’une référence assez oiseuse à « l’émancipation de la jeunesse par la culture », réduite à la fonction de slogan publicitaire, rien de neuf n’est énoncé. Rien ne bouge.

La technostructure ministérielle veille, et dicte sa stratégie au pouvoir politique.

Bien que le bilan soit en réalité désastreux pour un secteur jeunes publics condamné à l’immobilisme par la pénurie des moyens, il n’est surtout pas question de revenir sur ce qui est imposé depuis 1999, le principe de « généralisation par obligation ». Ce principe d’actions jeunes publics en tous genres imposées arbitrairement dans les cahiers des charges de la plupart des établissements culturels français sans aucun financement complémentaire a permis de faire de substantielles économies avec la suppression des dotations précédemment réservées au secteur spécialisé jeunes publics (avec pour le théâtre la démolition du réseau des Centres Dramatiques Nationaux pour l’Enfance et la Jeunesse, et des compagnies permanentes pour jeunes spectateurs).

Aujourd’hui, pour ne pas revenir sur cet abandon et ne jamais parler de l’essentiel, c’est à dire de la question vitale des financements, on agite de nouveaux leurres en se contentant d’opérations de communication sur l’existant réalisées à bon compte (Belle Saison et ses multiples conjugaisons, énième projet de Charte jeunes publics, énième appel à la vigilance des comités d’experts dans les DRAC, mesurettes en tous genres (touchant plus ou moins le cinéma, la musique, les musées, les bibliothèques…), valse de nouveaux labels qui, comme celui de « Scène conventionnée jeunes publics », risquent de ne jamais ouvrir sur des perspectives appropriées de financement).

Le tout laissant penser que le secteur jeunes publics serait en France le seul secteur culturel capable de se satisfaire de l’autofinancement, et des mirages du marché des produits culturels. L’enrôlement à ce sujet d’une officine para-ministérielle telle que l’ONDA est le signe le plus évident de cette conviction erronée.

Or nous savons parfaitement, à la suite des expériences et des réalisations multiples qui se succèdent depuis plus de cinquante ans, qu’il n’existe aucune possibilité de réel développement artistique et/ou culturel en direction des jeunes publics sans l’investissement actif et convenablement ciblé de l’État et des pouvoirs publics, sans le financement et la mise en œuvre d’une politique de service public sérieusement élaborée en concertation avec les artistes et, de ce fait, clairement différenciée en fonction des multiples domaines de l’art et de la culture.

Force est de constater, une fois de plus, une stratégie ministérielle d’esquive. Le discours d’Audrey Azoulay en fait preuve, qui recueille à une légère réserve près sur le chiffrage (quel chiffrage ?) l’appui complice du lobby de diffuseurs regroupés au sein de la nouvelle association « Scènes d’enfance / ASSITEJ France »..
Fait notable et particulièrement préoccupant, cette association est arbitrairement adoubée, à entendre les propos de la nouvelle ministre, en tant qu’unique association jeunes publics officiellement reconnue par les services du ministère de la Culture, au mépris de toute autre association se préoccupant des jeunes publics, ceci sans aucun respect des règles d’une vie associative démocratique. Jamais une administration ministérielle n’aura été aussi loin dans une tentative d’embrigadement des divers intervenants du secteur jeunes publics.


Devons-nous céder à cette injonction politicienne ?
Les artistes que nous sommes (metteurs en scène, auteurs, comédiens) ont tous des projets jeunes publics à inventer et des spectacles à vendre au secteur de la diffusion. Faudra-t-il pour autant nous soumettre sans mot dire à ceux qui, avec l’appui de l’actuel ministère de la Culture, tiennent en mains le marché des produits culturels en tous genres ?

Dans la situation actuelle, la liberté d’expression et de création des femmes et des hommes de théâtre doit, plus que jamais, être garantie. Relayée depuis plus de cinquante ans par l’ATEJ, c’est cette liberté de parole des artistes qui, seule, a indéniablement permis, en dépit de toutes les vicissitudes y compris politiques, le surgissement et le développement en France d’un théâtre d’art pour jeunes spectateurs, de réputation internationale. Rappelons aussi que c’est l’ATEJ en 1965 qui a inventé et développé l’ASSITEJ.

Aujourd’hui, les objectifs artistiques de l’ATEJ sont toujours aisément identifiables.
Sa place et son rôle s’avèrent uniques et irremplaçables parmi les organismes qui, à des titres divers, s’intéressent aux pratiques artistiques et culturelles dès l’enfance.

Outil d’échanges et de réflexion, tribune indépendante militant pour des propositions constructives, l’ATEJ ne cesse d’agir pour le théâtre adressé aux jeunes spectateurs, et seulement pour le théâtre adressé aux jeunes spectateurs, avec la conviction d’œuvrer ainsi pour le théâtre en général, pour le théâtre d’art et seulement pour le théâtre d’art, cela va de soi. Ce qui aujourd’hui fait toute sa force, mais peut-être aussi, à l’époque des confusions et des errements conceptuels du « tout-culturel », sa fragilité.

Texte adopté par le CA de l’ATEJ le 15 juin 2016

ATEJ 99 – 103 rue de Sèvres 75006 Paris contact@atej.net www.atej.net

Annexe : Discours d’Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la communication, prononcé à l’occasion du « 1er juin des écritures théâtrales jeunesse », revenant sur toutes les mesures en faveur de l’émancipation de la jeunesse par la culture, le 1er juin 2016 au théâtre
de l’Epée de bois.


Prononcé le 01.06.2016 à 19h00 (SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI)


« Je me réjouis d’être avec vous à l’occasion de la deuxième édition du « 1er juin des écritures théâtrales jeunesse » qui réunit, à travers la France, ainsi qu’en Belgique et au Québec, une centaine de projets et plus de 300 auteurs, compagnies ou lieux culturels et éducatifs. Récemment, Catherine Frot confiait, dans un entretien, qu’elle conservait toujours avec elle une phrase de Louis Jouvet.

« Chaque fois que je lis cette phrase, disait-elle, j’en ai des frissons ».

Jouvet dit « On fait du théâtre parce qu’on a l’impression de n’avoir jamais été soi-même et qu’enfin on va pouvoir l’être. »

Cette phrase est fantastique, en effet.

Vertus de la scène, de l’illusion comique comme outil de vérité. Vertu du théâtre comme outil d’émancipation. Vous le savez, priorité a été donnée à la jeunesse par le président de la République. Cela vient de loin, car cette promesse d’émancipation par la culture est au cœur du projet politique de la gauche, qui ne peut s’en éloigner sauf à se trahir. Lorsque les enfants, les adolescents travaillent avec les artistes, ils s’enrichissent mutuellement. Les enfants découvrent l’autre et prennent confiance en eux. C’est par la construction du regard critique que se construit l’autonomie.

Il est donc indispensable de soutenir les écritures et les répertoires dédiés à l’enfance et à la jeunesse. C’est elle qui favorise l’émancipation. Pour mieux répondre à cet enjeu de citoyenneté, depuis 2012, les moyens financiers consacrés par le Ministère de la Culture à l’éducation artistique et culturelle ont augmenté de 80 %. Une mission a été confiée au Haut Conseil à l’Éducation Artistique et Culturelle, pour rédiger une charte de l’éducation artistique et culturelle qui sera présentée en juillet prochain à Avignon.

A côté des nombreuses actions d’éducation artistique et culturelle menées par l’ensemble des acteurs culturels, par le secteur de l’éducation populaire, par les enseignants et les militants, dont vous faites tous partie, des initiatives ont été prises pour faciliter l’accès des plus jeunes à la culture : je pense à la mise en place du tarif unique à 4€ pour les moins de 14 ans au cinéma, je pense aussi au dispositif du CNC qui s’appuie sur le service civique pour relancer les ciné-clubs dans les lycées, je pense à l’opération estivale « Partir en livre » pour la jeunesse. Je pense aussi aux musées du 21e siècle pour lesquels je viens de lancer une réflexion, avec l’un des thèmes qui est le rôle du musée dans l’éducation citoyenne. Enfin je voudrais parler, car cela touche aussi à la jeunesse et à l’écriture dont nous parlons aujourd’hui, les bibliothèques vont désormais pouvoir ouvrir le dimanche. C’est important car ce sont des lieux de rencontre du public avec la culture, des lieux où se tisse le lien collectif et la citoyenneté.

Je viens aussi d’annoncer cet après-midi l’extension du projet Démos, porté par la Philharmonie de Paris, qui repose sur la pratique orchestrale pour des enfants entre 7 et 12 ans dans les quartiers les moins favorisés.Après 18 mois de spectacles, de rencontres « La Belle Saison de l’enfance et de la jeunesse» s’est achevée. Génération Belle Saison en prend la suite.

«Cette première Belle Saison» a apporté un souffle nouveau au travail fait en direction des enfants et des adolescents, dans le domaine du spectacle vivant.

Je tiens tout particulièrement aussi à saluer le travail de Scènes d’enfance - Assitej France, désormais réunis.

Je veux remercier celles et ceux qui se sont investis pendant 18 mois autour de plus de 1000 projets, en France comme à l’étranger.

Le rapprochement de vos deux structures en une seule association permet de renforcer encore XXX l’action en direction de l’enfance et de la jeunesse, menée par les professionnels du secteur.

Je souhaite en effet que votre nouvelle association élargisse son champ d’intervention à d’autres disciplines du spectacle vivant et des arts plastiques, et même au-delà, en fédérant les professionnels de la diffusion et de la production, les militants de l’éducation artistique et culturelle et les acteurs des projets éducatifs et du développement social. Elle sera pour cela mieux accompagnée, plus accompagnée par le Ministère de la Culture.

Car il s’agit aujourd’hui, après cette belle effervescence, d’engager concrètement la suite avec le projet « Génération Belle Saison », pour consolider et développer la création à destination du jeune public.

J’ai pris plusieurs décisions en ce sens.

Tout d’abord, dans le cadre du nouveau dispositif pour les « compagnies à rayonnement national et international » des aides nouvelles permettront de soutenir, dès 2016, de façon significative, deux compagnies engagées pour la création en direction du jeune public, Il s’agit du Théâtre du Phare dirigé par Olivier Letellier et de la Compagnie Arcosm, codirigée par Thomas Guerry et Camille Rocailleux.

A travers ces artistes, je veux saluer toutes les compagnies qui s’impliquent particulièrement à destination de la jeunesse. Et je pourrais citer aussi bien le travail de Joël Pommerat, Phia Menard ou Les Talents Lyriques…

D’autres équipes seront en effet suivies avec attention par les DRAC, en lien avec les comités d’experts qui devront mieux prendre en compte à l’avenir les demandes des artistes qui font le choix de s’adresser à la jeunesse. Dès cette année, au titre des mesures nouvelles qui viennent d'être arbitrées et déléguées en DRAC, ce sont également des résidences artistiques et des ateliers de fabrication artistique qui ont été retenus pour leur action en faveur de l'enfance et la jeunesse. Je pense par exemple au Théâtre de Morlaix, au Grand Bleu à Lille, à l'espace Villeret à Tours, à la Scène pour la marmaille à Limoges ou encore à la Scène nationale du Jura.

Ensuite, pour reprendre une autre des mesures préconisées après l’expérience de la Belle saison, j’ai décidé de constituer, à partir de scènes conventionnées qui ont déjà une expertise dans ce domaine, un nouveau label «art, enfance et jeunesse » qui constituera un réseau privilégié de référence pour la création destinée à la jeunesse.

« Génération Belle Saison » doit aussi permettre de consolider les réseaux de production et de diffusion.

Dans cette perspective, je souhaite que soient encouragées et accompagnées des plateformes professionnelles constituées ou en voie de constitution dans chaque Région : j’ai demandé aux DRAC d’y veiller ; il leur appartiendra également de solliciter les collectivités territoriales pour qu’elles soient parties prenantes des réflexions et des dynamiques portées par ces plateformes.

J’ai décidé enfin d’accompagner la création du label «Génération Belle Saison » qui sera décerné chaque année à 5 à 6 projets, repérés par ces plateformes et portés par des équipes artistiques qui feront le choix de la jeunesse.
Cet ensemble de mesures fait l’objet d’une circulaire datée de ce jour, le 1er juin 2016, adressée aux DRAC, que je leur ai présentés ce matin même.

Pour placer véritablement la rencontre avec les artistes et le rapport avec la création au cœur de l’éducation, je souhaite également développer les résidences artistiques à l’école. Vous savez que ça existe mais je dirais de façon morcelée, et c’est quelque chose qui fonctionne très bien, donc je vais proposer ce projet à mon homologue la Ministre de l’Education nationale.

Toujours dans ce même champs des actions en direction de la jeunesse, nous allons réengager l’État, qui s’était un peu malheureusement désengagé, je dirais, des conservatoires, avec des critères, dont la mixité sociale, donc il faudra que les conservatoires aient cette politique de tarification qui permette une vraie mixité sociale.

Enfin j’aimerais qu’un rendez-vous annuel à l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication soit organisé et porté par la nouvelle association constituée, afin de créer un temps d’échange entre artistes et chercheurs de tous horizons disciplinaires (psychologie, philosophie, esthétique, sciences cognitives, sciences de l’éducation…), il me semble que ce sera utile pour mieux comprendre et expliquer le travail que vous faites et le faire partager.

Enfin, je veux citer aussi la sécurisation de la pratique amateur que je viens de défendre au Parlement, dans le cadre du projet de loi Liberté de création, architecture et patrimoine. Cette pratique amateur est un facteur majeur de démocratisation culturelle, notamment auprès des jeunes. Nous avons d’ailleurs créé une section dédiée à la jeunesse dans le Fonds d’encouragement aux initiatives des amateurs, dont 40 % ont moins de 25 ans. La dotation à ce soutien aux pratiques amateurs de la jeunesse sera développée en 2016 et, j’espère, en 2017.

Vous le voyez, l’ambition est grande pour soutenir les initiatives en faveur de l’enfance et de la jeunesse. Vous pouvez compter sur l’engagement du ministère de la Culture et de la Communication, et sur celui de l’Education nationale,

Comme vous le déclariez en vers cher Robin Renucci le 23 janvier 2014 à Nantes :

« Favoriser, partout, la langue symbolique

Celle qui laisse place à l’interprétation,

Au rêve, à la pensée, aux images qui naissent

Au travers des récits, aux souvenirs qu’elles laissent,

Me paraît aujourd’hui une urgente mission. »

Tout est dit. Merci à tous pour votre engagement.