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Mars 2017

  ATEJ, POINT FINAL 

Cher(e)s ami(e)s adhérent(e)s

Ce n’est pas sans émotion que nous devons aujourd’hui vous annoncer que l’assemblée générale extraordinaire des adhérents de l’ATEJ, convoquée à Paris le 30 janvier 2017, s’est vue contrainte, après soixante ans d’activité, et à l’unanimité des présents, de mettre un terme à l’existence de notre association, et d’en décider la dissolution conformément à nos statuts.

Une telle décision n’a pas été prise à la légère, car la situation faite de nos jours au théâtre, et particulièrement au théâtre pour jeunes spectateurs, n’a jamais été pire. Mais ce choix était devenu inéluctable en l’absence de candidatures nouvelles au conseil d’administration devant être, conformément à l’article 14 des statuts, présentées majoritairement par des artistes en activité, afin d’assurer une indispensable relève, et, comme cela a toujours été le cas, pour prendre en charge à titre bénévole le fonctionnement administratif de l’association.

Depuis 1957, de façon militante et en toute indépendance du pouvoir politique, l’ATEJ, fondée par Léon Chancerel et Rose-Marie Moudouès, a constamment accompagné et soutenu les luttes de plusieurs générations d’artistes et d’intervenants culturels désireux, chacun à leur manière, de favoriser l’accès au plus grand nombre d’enfants et de jeunes, en tant que spectateurs de théâtre à part entière, à une culture théâtrale personnelle émancipatrice ; avec d’innombrables réussites sur les plans de la légitimité artistique, des innovations dramaturgiques, des écritures nouvelles, des modes d’accompagnement et d’expression des jeunes spectateurs, de l’impact éducatif et sociétal, comme sur le plan de la conception et de la réalisation de plusieurs grands équipements dédiés répartis sur le territoire.

Ce développement sans précédent, avec en 1969 l’entrée du théâtre pour jeunes spectateurs dans la programmation officielle du festival d’Avignon, s’est continuellement opéré en France pendant près d’un demi-siècle. En plus des enquêtes, analyses et ouvrages de référence publiés par l’ATEJ, il est authentifié par la multiplication des études critiques que lui ont consacré la presse et les milieux universitaires dans notre pays comme à l’étranger.

En 1994, selon une évaluation de l’’ATEJ qui pendant plus de cinquante ans a publié un répertoire annuel « Théâtre en France pour jeunes spectateurs », plus de 190 compagnies professionnelles itinérantes ou implantées, se consacrant principalement à la création théâtrale pour jeunes publics, ainsi que plusieurs institutions emblématiques (centres dramatiques nationaux, festivals de réputation internationale, etc.) étaient pour la plupart directement et majoritairement financés par le Ministère de la Culture.

Mais dès le début des années 2000 on a vu se succéder plusieurs ministres, de droite comme de gauche, flirtant souvent avec l’idéologie néo-libérale, pour lesquels, dérive de la société du spectacle oblige, le théâtre a cessé d’être le fer de lance de toute action culturelle de service public.

A partir de 1999, leurs décisions successives ont fragilisé l’ensemble du secteur théâtral, théâtre jeunes publics compris, en privant les compagnies de financements pérennes et en condamnant la plupart d’entre elles à une activité intermittente soumise à d’aléatoires aides au projet et aux préachats du secteur de la diffusion.

Dans le même temps plusieurs directives, faisant l’impasse sur toute forme de financement d’Etat approprié, imposaient à l’ensemble des établissements culturels, à partir d’une approche grossièrement globale et indifférenciée, la « généralisation par obligation » d’actions jeunes publics en tous genres.

Très vite l’ATEJ a dénoncé le danger de cette injonction de pur principe, qui a d’ailleurs vite servi d’alibi aux technocrates ministériels pour opérer, sans avancer, et pour cause, la moindre justification de nature artistique, l’effacement progressif des financements attribués par l’Etat au secteur existant de la création théâtrale professionnelle pour jeunes spectateurs (démantèlement du réseau des CDNEJ, des compagnies permanentes implantées ou même itinérantes, des festivals spécialisés).

Tout ce qui avait été acquis par un demi-siècle de luttes, d ‘engagements et de réalisations artistiques en faveur de la cause du théâtre et des enfants a été systématiquement repris.

Face à cette stratégie d’abandon, l’ATEJ n’a jamais cessé de multiplier les analyses, les réunions professionnelles, les enquêtes et les lettres d’information, les interventions auprès des pouvoirs publics, ni de tirer la sonnette d’alarme pour tenter de toujours mieux mobiliser les artistes concernés.

Mais, simultanément, certains programmateurs généralistes jeune public (dont quelques dissidents de l’ATEJ) se sont bruyamment empressés de se désolidariser pour soutenir et cautionner l’opération de destruction massive menée par le Ministère. Dans l’espoir de faire transférer au profit de leurs activités les budgets antérieurement affectés à la création théâtrale pour jeunes spectateurs, ils ont tenté de faire reconnaître leur réseau d’établissements culturels généralistes (dont des MJC et autres établissements de statut analogue) comme alternative à la liquidation du secteur théâtral jeune public. Mais en dépit de plusieurs années d’agitation médiatique, les résultats de l’opération « Belle Saison » ont été bien peu probants, particulièrement pour les artistes.

Le pouvoir est souvent ingrat avec ses collaborateurs les plus zélés. En fait, seuls les comptables du Ministère de la Culture sont sortis gagnants d’une décennie de manifestes en trompe-l’œil, d’intrigues de couloirs et d’affrontements corporatistes inavoués.

Désormais, grâce à la complicité d’un réseau mal pourvu de diffusion généraliste, promoteur d’un marché de produits culturels indifférenciés, le Ministère de la Culture, sans débourser un seul centime, peut faire croire qu’il assume ses responsabilités envers les enfants et les jeunes. Le « secteur jeunes publics », version Scènes d’enfance et ASSITEJ France, est devenu le laboratoire complaisant et aveugle d’une politique néo-libérale abandonnant l’art et la culture aux seules lois du marché.

Paradoxalement, face à l’anéantissement du secteur théâtral de service public pour jeunes spectateurs, et alors que la situation de la plupart des compagnies n’a jamais été aussi précaire et menacée, nous n’avons pas pu, et probablement pas su, convaincre un nombre suffisant d’artistes professionnels de s’engager auprès de l’ATEJ pour continuer la lutte en faveur de la liberté d’expression des artistes et pour la restitution de moyens financiers et structurels autonomes pour le secteur de la création théâtrale dédiée aux jeunes spectateurs.

Ce déficit de militantisme serait, dit-on, le signe de notre époque, où les causes de repli individualiste sont innombrables…

Nous en avons pris acte ce lundi 30 janvier 2017.

Il ne nous reste plus, aujourd’hui, qu’à souhaiter que nombre d’entre vous renouent bien vite avec le sens de l’action collective, et dans un esprit de lucidité politique inventent de nouveaux moyens pour défendre les fondamentaux artistiques, les choix éthiques et les idées progressistes en fonction desquels nous n’avons jamais cessé d’agir, dans le cadre de l’ATEJ, et pas toujours en vain.

Nous restons en effet persuadés que les perspectives ouvertes par soixante ans de militantisme laisseront des traces aussi vivaces que fécondes pour de futurs débats autour de la politique artistique et culturelle des pouvoirs publics.

Avec nos pensées très cordiales.

 

Le conseil d ‘administration sortant de l’ATEJ :

Pierre Blaise
Jacques Bourgaux
Michel Bourguignon
Bruno Castan
Irène Fabry
Luc Laporte
Vincent Morieu
Maurice Yendt