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novembre 2011


THÊATRE ET JEUNES SPECTATEURS

Les conditions actuelles de production et de diffusion des compagnies professionnelles

L’ATEJ est une association théâtrale regroupant principalement des compagnies et des intervenants culturels désireux de développer, en tant que pratique artistique à part entière, l’activité du jeune spectateur de théâtre, dès l’enfance.

L’ATEJ a pour objectif la promotion de toutes les formes de créations théâtrales fondées sur des exigences artistiques émancipatrices.

Trois champs prioritaires d’intervention orientent actuellement les actions de l’ATEJ :
• Le théâtre parmi les spectacles jeunes publics
• Les enfants parmi les jeunes publics
• La revendication d’une politique de service public pour les jeunes spectateurs de théâtre financée, au niveau approprié, par l’état et les collectivités locales.

En raison de ses différents domaines d’intervention l’ATEJ assume, au niveau national, un travail permanent de veille et d’analyse sur l’évolution de l’activité théâtrale en direction des jeunes publics. En tant qu’observatoire indépendant, elle formule des propositions pour améliorer l’existence des compagnies concernées, diffuse régulièrement des lettres d’information, des études et des enquêtes sur le site www.atej.net qui publie aussi le répertoire « Théâtre en France pour jeunes spectateurs ».

L’ATEJ, en tant qu’association regroupant principalement des professionnels du secteur théâtral, privilégie naturellement des points de vue d’artistes (metteurs en scène, auteurs dramatiques, comédiens, compositeurs, scénographes, chorégraphes, etc.). Il peut arriver que ces points de vue s’avèrent dérangeants.

ENQUÊTE 2011

Cette nouvelle enquête sur l’état actuel de la production et de la diffusion se fonde sur les réponses apportées aux questionnaires diffusés en janvier 2011 par l’ATEJ. Parmi les questionnaires 66 sur 71 étaient suffisamment complets pour être exploitables.

Ces 66 questionnaires proviennent de compagnies implantées dans 19 régions différentes sur l’ensemble du territoire.

Alsace : 3 compagnies
Auvergne : 5
Basse Normandie : 1
Bourgogne : 2
Bretagne : 2
Centre Val de Loire : 1
Champagne-Ardenne : 3
Franche Comté : 1
Haute Normandie : 2
Ile de France : 13
Languedoc Roussillon : 3
Limousin : 1
Lorraine : : 5
Midi Pyrénées : 4
Pays de Loire : 4
Picardie : 2
Poitou Charente : 2
Provence Côte d’Azur : 2
Rhône Alpes : 10

Ce travail d’investigation a été complété par des échanges directs effectués à Paris le 21 mars et en Avignon le 16 juillet lors de réunions professionnelles qui ont rassemblé 51 compagnies.

Au total ce sont 122 compagnies (réponses écrites et réunions) qui ont collaboré directement à cette enquête.

1. NATURE DE L’ACTIVITE ARTISTIQUE

Théâtre (marionnettes, objets, ombres) : 32
Théâtre : 24
Danse : 10
autres : chanson, cirque, spectacles de rue

Commentaire : Le langage théâtral apparait dominant dans l’échantillon considéré,. Mais une précédente enquête de l’ATEJ démontre une régression accentuée du nombre de spectacles de théâtre dans les programmations jeunes publics (en 2006, en cumulant théâtre d’acteur et théâtre de marionnettes, les spectacles de théâtre constituaient seulement 50% des programmations jeunes publics. Plus de 85% dix ans plus tôt.).

2. NOMBRE DE SPECTACLES CRÉES

2007 – 2008 : 65
2008 – 2009 : 55
2009 – 2010 : 74

Commentaire : Le rythme de création des compagnies est étonnamment soutenu. Nombre de compagnies déplorent d’être contraintes à un tel rythme au détriment de la qualité parfois, et de la durée de vie des spectacles toujours.

3. AMENUISEMENT DES FORMATS

Les « seul en scène » semblent devenir la règle. Les distributions réunissant plus de trois comédiens deviennent exceptionnelles.

4. DURÉE DES SPECTACLES

Dans l’échantillon considéré, la durée des spectacles varie de 15 minutes à 1h30. On observe un net retour à la notion pédagogique de tranche d’âge (pour un tiers des spectacles). D’autre part la durée des spectacles semble parfois être spécifiquement décidée en fonction de l’âge des spectateurs. Enfin 50% des spectacles sont adressés à des spectateurs de moins de cinq ans.

Commentaire : A travers l’extrême diversité des durées se pose la question de la nature des spectacles. Il semble que, dans l’échantillon considéré, ne soient pas toujours distingués les créations théâtrales proprement dites (c'est-à-dire les spectacles donnant lieu à des représentations publiques) et les interventions diverses (animations, séquences théâtralisées d’éveil artistique, etc…).

En fonction de la durée des spectacles proposés, on peut déduire un accroissement significatif du nombre des spectacles conçus et formatés pour la petite enfance.

5. LES AUTEURS

Les questionnaires retournés font état de 41 auteurs vivants. Parmi eux beaucoup sont des auteurs d’albums pour la petite enfance.

Commentaire : Sur 41 auteurs référencés 18 ont été publiés.

6. LES EDITEURS

Ecole des Loisirs : 5 auteurs publiés
Lansman : 3
Actes Sud : 2
Théâtrales : 2
Seuil : 2
Flammarion : 1
Grasset : 1
L’Harmattan : 1
Rouergue : 1

7. NOMBRE DE REPRÉSENTATIONS

Ce nombre, dans l’échantillon considéré, varie de 5 à 250 représentations annuelles par compagnie.

Mais en 2008/2009 la moyenne a été de 18 représentations par spectacle et en 2009/2010 de 28 représentations par spectacle.

En définitive chaque spectacle fait l’objet, en moyenne, de 22 à 25 représentations par saison.

Commentaire : La durée de vie d’un spectacle semble se réduire. Plusieurs responsables de compagnies évoquent à ce sujet l’engorgement du marché par la multiplication des productions à bas coût.

On observera, en raison du nombre limité de représentations données chaque saison, que la production de spectacles jeunes publics devient, pour beaucoup de compagnies, une activité secondaire faisant l’objet de prestations épisodiques. La pérennité des compagnies permanentes pour lesquelles la création en direction des jeunes publics est une activité principale, peut prochainement être mise en péril.

8. LIEUX DES REPRÉSENTATIONS DES TOURNÉES

La grande majorité des représentations est donnée dans le temps scolaire :
• 58 compagnies sur 66 donnent plus de 50% de leurs représentations dans le temps scolaire.
• 8 compagnies sur 66 donnent moins de 50% de leurs représentations dans le temps scolaire.

Un peu plus de la moitié des compagnies effectue régulièrement des tournées en France (35 sur 66) mais beaucoup moins à l’étranger (7 sur 66). On observe, d’ailleurs, un recentrage de l’activité de certaines compagnies sur les zones d’implantation, vers un public de proximité.

Commentaire : Seulement 50% des représentations sont données dans des lieux culturels convenablement équipés. Net retour des représentations dans les établissements scolaires eux même.

9. MÉDIATISATION

47 compagnies sur 66 estiment que leurs activités sont surtout médiatisées dans la presse écrite locale. Mais seulement 12% d’entre elles accèdent à la radio, à la télévision. La plupart déplore le désintérêt des quotidiens et médias nationaux.

Commentaire : Il s’agit principalement d’articles d’information. Comme pour le théâtre en général la critique dramatique est d’autant plus rare que la plupart des rubriques théâtrales régulières ont disparu des grands médias nationaux.

D’autre part il est signalé que dans certains établissements culturels, où on se contente de faire appel au seul public scolaire, les représentations ne font l’objet d’aucun affichage, d’aucune promotion publique. Seul semble compter le nombre des spectateurs accumulés à la sauvette.

10. SUBVENTIONS

Ministère de la Culture

10 compagnies sur 66 sont conventionnées.
11 compagnies sur 66 disent avoir bénéficié d’une aide à la production dramatique de la part de la DRAC dont elles dépendent.

Collectivité régionales et locales

La majorité des subventions provient :

• des municipalités : 44 compagnies sur 66
• des conseils généraux : 39 compagnies sur 66
• des conseils régionaux : 22 compagnies sur 66

Autres ressources : SPEDIDAM et ADAMI

Il apparait que la CAF (Caisse d’Allocations Familiales) soutient l’activité de certaines compagnies, dans le secteur de la petite enfance.

Quelques spectacles sont directement financés par le Ministère de l’Education Nationale, par exemple dans le cadre des réseaux d’éducation prioritaire ou de dispositifs pour l’éducation artistique.

11. CONDITIONS DE PRODUCTION

La dominante est la pénurie croissante des moyens de production.

La grande majorité des spectacles doit se contenter d’un budget de production de moins de 10 000 euros.

La part des subventions affectées à chaque production se situe entre 10 et 30 % du budget global.

Plus du tiers des spectacles sont autofinancés.

12. LE MAQUIS DES CO-PRODUCTIONS

Dans l’échantillon considéré rares sont les compagnies qui ont des moyens autonomes de production. La recherche de co-productions est vitale. Toutefois les renseignements obtenus à ce sujet ne sont pas toujours lisibles. Des confusions fréquentes s’établissent entre budget de production et d’exploitation. D’autre part les données deviennent très approximatives dès qu’il s’agit des salaires et des défraiements (ignorance des conventions collectives ?). Doit-on en déduire une certaine forme de déprofessionnalisation du secteur ?

En ce qui concerne les co-productions elles-mêmes, il y a souvent ambigüité sur la nature des apports. Ceux-ci se concrétisent rarement en argent frais.

La plupart des co-productions évoquées font état de participations en nature (en industrie) sous forme :
• d’hébergement (prêt d’un local de répétition)
• d’aide logistique (construction d’un décor, aide de techniciens)

Commentaire : Un prêt de salle de répétition tient souvent lieu de « contrat de résidence ».

D’autre part une savante confusion est entretenue par certains « co-producteurs » entre contrat de co-production et contrat de pré-achat.

Les « pré-achats » permettent à certains diffuseurs de faire croire qu’ils sont co-producteurs et que leur établissement assure, à bon compte, une activité de création. Etant donné la pénurie des subventions et l’état du marché, les pré-achats sont souvent l’unique moyen de survie pour nombre de compagnies.

Certaines DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) conditionnent leur subventionnement à un nombre minimum de « pré-achats » déjà acquis.

Les pré-achats pour un seul spectacle peuvent varier de 2 à 26 partenaires. Dans ce cas budget d’exploitation et budget de production se recouvrent. Et ce sont les accords de pré-achats qui déterminent, au préalable, le budget de production.

Dans l’échantillon considéré près de deux tiers des spectacles (42 sur 66) sont dépendants des pré-achats.

13. LA DIFFUSION EN QUESTION

Dans les questionnaires retournés comme au cours des échanges professionnels suscités autour de cette enquête, la plupart des compagnies se plaignent d’un marché de plus en plus saturé ; d’un marché culturel qui, comme on pouvait le prévoir, est loin d’être la panacée attendue.

Des compagnies artistiquement réputées ont vu, ces deux dernières années, leurs possibilités de tournées divisées par 2 ou 3.

Ce qui soulève d’évidentes questions au sujet de la nature des spectacles ayant la préférence des réseaux de diffusion. Surtout lorsque l’on constate que la moitié des spectacles (33 sur 66) n’a pas été visionnée par un directeur d’établissement ou par un programmateur qualifiés avant d’être programmée.

Dans ces circonstances les questionnaires comme les échanges en direct font état d’un profond malaise au sujet de programmations « jeunes publics » qui depuis 1999 sont imposées, « par obligation » et sans financement approprié, par le Ministère de la Culture, dans la plupart des établissements culturels.

Sont notamment pointées beaucoup d’attentes et de questions au sujet des conditions actuelles de diffusion, des objectifs des programmateurs comme des moyens financiers dont ils disposent.

• Pourquoi les spectacles nécessitant trois services de montage ne se vendent-ils plus ?
• Pourquoi les diffuseurs refusent-ils à priori de se déplacer pour voir un spectacle dès que la distribution affiche plus de trois comédiens ?
• Pourquoi les objectifs de la diffusion glissent-ils subrepticement du culturel au social ?
• Pourquoi un objet artistique n’est plus suffisant, en lui-même, pour être digne de figurer dans une programmation ?
• Pourquoi la plupart des compagnies (45 compagnies sur 66), au détriment de la qualité des représentations, sont elles contraintes de jouer deux fois par jour et parfois plus ? Sur 66 compagnies 2 seulement disent avoir les moyens d’imposer un rythme d’exploitation artistiquement satisfaisant.
• Pourquoi faut-il systématiquement accompagner tout spectacle d’un « package » d’interventions dans le domaine de l’animation ou de l’action sociale définis non plus par l’artiste mais par le programmateur ?
• Pourquoi faut-il, pour vendre un spectacle, que les artistes soient de plus en plus contraints de se mettre au service de projets culturels qui ne sont pas les leurs ?

Commentaires : Le désarroi est flagrant du côté des artistes car beaucoup d’entre eux ne se reconnaissent plus dans les logiques actuelles de production et de distribution.

Les questions de l’autonomie de la création et du sens des relations entre secteur de la création et secteur de la diffusion se posent plus que jamais.

Sommes-nous en train de subir une inversion des rôles ? Qui est au service de qui ?